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Publications de Michel Diserens

  

 

DangerImmersio

 

Les Funambules de l'indifférence
Editions Plaisir de lire, 2012, 257 pages


Voici un roman qui parle d'enfants. D'enfants pas tout à fait comme les autres. Des êtres à la sensibilité exacerbée par le destin tragique qui les a conduits à chercher refuge et à vivre dans les rues des mégapoles colombiennes. À la fois joviaux et bagarreurs, ils luttent quotidiennement pour leur survie. L'instinct les pousse parfois aux délits lorsqu'ils se retrouvent confrontés aux pires dangers ou quand la faim les torture. Souvent, leurs seuls moyens d'évasion restent les drogues dévastatrices et les rêves éveillés.

Nolberto est l'un des leurs. Encore adolescent, il crée un centre d'accueil pour ses frères et ses soeurs des rues de Bucaramanga. Son entêtement à lutter de toute son âme contre cette misère infantile et contre l'indifférence générale a attiré des fonds de l'aide humanitaire suisse.

Mais plus que de l'argent, c'est d'abord d'une amitié profonde avec l'un des employés d'une ONG dont il va hériter. En quelques sortes, un père de substitution. En tout cas jusqu'à la mort de ce dernier.

Puis il va faire la connaissance de la belle Giovanna, une gringa venue pour s'assurer que les dons suisses sont bien employés par Nolberto et sa fondation. Leurs destins à tous les deux vont se mêler et se démêler, encore et encore. Mais vers quel horizon la Colombie et ses perpétuelles guerres terroristes les emporteront…?

 

Extrait du 1er chapitre - Drapeau blanc

" L'aérogare est encerclée par l'armée régulière. Un enfant-soldat (je lui donne à peine seize ou dix-sept ans) interdit l'accès à l'enceinte de l'aéroport et dévie le trafic en direction du centre-ville. La présence de ce barrage routier – qui n'a rien d'inhabituel – pourrait signifier qu'un incident est survenu dans l'aéroport. Je tente le tout pour le tout ; je lance la camionnette et remonte jusqu'à sa hauteur, malgré ses signes m'imposant de faire demi-tour. Deux de ses collègues en tenue de combat et pistolet-mitrailleur au poing se mettent en travers de la route. Ils ont l'air nerveux.
– Qu'est-ce qui se passe ? fais-je.
– Rien qui puisse vous intéresser, me répond le jeunot en désignant la direction à prendre. Circulez !
Rubén grimpe sur mes genoux et prend appui sur le volant pour s'approcher du militaire. Je m'obstine :
– Je ne sais pas ce qui se passe, mais ce qui est sûr c'est que mon fils et moi devons rejoindre urgemment ma femme qui est dans l'aéroport. Elle nous a appelés, il y a plus de deux heures.
– Vos papiers, à tous les deux !
– Vous ne croyez quand même pas que nous sommes des terroristes ? dis-je, en tendant nos pièces d'identité par la fenêtre.
Au mot terroriste, je vois passer un éclair de feu dans les yeux du garçon. Je ne saurais dire s'il s'agit de terreur ou d'exaltation. Je crois que mon compagnon Rubén – qu'il m'arrive à l'occasion de considérer comme mon fils et le plus souvent comme mon petit frère – a le même sentiment que moi ; je ressens sa soudaine anxiété.
Pendant que le soldat contrôle nos papiers, ses deux collègues, à peu de chose près du même âge, font le tour du véhicule. Ils collent leurs visages aux vitres tout en abritant leurs yeux du soleil de manière à voir l'intérieur. Dans le rétroviseur, j'aperçois d'autres véhicules qui nous ont suivis, avec l'espoir comme nous de pouvoir franchir le barrage. Celui qui a emporté nos papiers vient de recevoir un appel sur la radio qui lui barre le torse. Je coupe le moteur, histoire de saisir quelques bribes de conversation, mais le bruit ambiant est trop important pour que j'y parvienne.
Rubén se serre contre moi et passe son bras derrière mes épaules. Nous sommes trop loin des bâtiments pour apercevoir quoi que ce soit. Je me penche par la fenêtre et scrute le ciel à la recherche d'un avion en train de décoller ou d'atterrir. C'est alors que je remarque plusieurs appareils qui tournent au-dessus de nos têtes.
– C'est bon ! me crie le jeune soldat. Vous pouvez y aller.
– Vous pourriez me dire ce qui est arrivé ? dis-je dans une ultime tentative destinée à lui extraire des informations.
– Attentat ! me glisse-t-il en m'exhortant d'avancer. "

 


DangerImmersio

Trajectoires meurtrières - Les Enquêtes de Sophie Lanzmann
Editions Plaisir de lire, 2010, 199 pages

Après avoir connu des émotions fortes dans les grottes du Jura français et sur la Côte vaudoise (c.f. Dangereuse immersion), Sophie Lanzmann est appelée par une ancienne camarade, spécialiste des ressources humaines dans une entreprise d’aiguillage du ciel, afin d’organiser un séminaire d’aventures à l’intention de cadres à haut potentiel. Lors de l’expédition spéléologique, l’un d’eux fait une chute dans des circonstances des plus troubles. De nombreux indices alimentent la thèse de la tentative d’assassinat. Les suspects ne manquent pas parmi les jeunes cadres. Sophie Lanzmann n’aura alors de cesse de trouver le coupable et de comprendre son mobile.

D’un style rapide et efficace, ce roman montre la maîtrise de l’auteur à créer la tension dramatique chez le lecteur, jusqu’au moment du coup d’éclat où l’on découvre l’identité du criminel et ses motivations. Le lecteur prend plaisir à se laisser guider par une héroïne sportive et spontanée, rendue attachante par ses coups de tête et son esprit de déduction.

"Michel Diserens nous livre là une magnifique suite à la série d’Enquêtes de Sophie Lanzmann. Nul doute que le nom de cette détective saura laisser durablement son empreinte dans la littérature policière romande et francophone."



 

DangerImmersio

Dangereuse immersion - Les Enquêtes de Sophie Lanzmann
Editions Plaisir de lire, 2007, 286 pages

 

Deux cadavres découverts au fond d'une grotte lors d'une expédition spéléologique en solitaire : Sophie Lanzmann décide de mener l'enquête seule.

Après tout, l'aventure et le danger sont le sel de son existence.

Décès suspect, secrets de famille, réussite financière aux origines louches... ses recherches dérangent. De tentatives d'intimidation à un enlèvement, sans oublier une scène de poursuite et de coups de feu dans un parking souterrain : Sophie saura apprécier à sa juste valeur le frisson de la peur.


Extrait, chapitre VII :

"... Avec précaution, elle progressait dans le labyrinthe de stalagmites. Des impasses la contraignirent, à plusieurs reprises, à revenir sur ses pas et à tenter l'exploration de nouvelles voies. Au centre de la grotte, l'empreinte d'un immense lac ne lui avait pas échappé ; le sol de ce réservoir souterrain, dépouillé de toutes formations calcaires, conservait une certaine humidité dans son niveau le plus bas, le rendant glissant. Sophie s'orienta en direction de son lieu de pique-nique, mais, cette fois-ci, par l'intérieur de la caverne. Elle était désireuse de vérifier son hypothèse sur la claustration de celle-ci. Enfin parvenue à l'extrémité ouest de la grotte, elle reconnut ce qui devait être l'envers du bouchon d'obturation observé une heure plus tôt, durant son repas. Pour la scientifique, tout était clair : il y a longtemps, une puissante crue avait injecté de nombreux matériaux dans l'entonnoir du conduit principal jusqu'à interdire l'accès à la salle ; dès la fin du printemps passé, l'exceptionnelle sécheresse avait tari le bassin. Privées de l'équilibre entre les pressions internes et externes, certaines cloisons latérales s'étaient rompues, entraînant avec elles l'effondrement d'une partie de la voûte pour ouvrir du même coup un passage.

Elle tira de son sac la carte topographique pour la compléter et transcrire au verso le résultat de ses déductions. Elle avait besoin d'un coin confortable, d'où elle pourrait jouir d'une vue d'ensemble. Dans ce dessein, elle se mit à escalader le rebord de la caverne. Elle était par intermittence privée de la main qui devait, à espaces réguliers, remonter son pantalon sur les hanches. L'exercice se montra plus périlleux qu'elle ne l'avait imaginé. Cette situation grotesque déclencha un de ses fous rires qui, en d'autres circonstances, faisait le bonheur de ses proches. Le ravissement causé par la découverte ne faisait qu'ajouter à son euphorie. Plus elle riait, moins elle trouvait la force de poursuivre son ascension et cela dura plusieurs minutes avant qu'elle ne parvînt, enfin apaisée, à gravir le surplomb qui la séparait du sommet de la paroi.

Son rire enflammé résonnait encore dans la salle lorsque retentit un violent cri d'effroi. Sophie fit un bond en arrière tant elle fut saisie par ce que le faisceau de sa lampe venait de dévoiler.

- Merde, alors ! dit-elle alors que tout son corps s'était figé, la bouche grande ouverte et les yeux exorbités.

Le doute n'était pas permis : devant elle gisaient deux corps sans vie.

Sophie crut un court instant qu'elle venait de découvrir deux momies millénaires apprêtées pour le voyage vers l'au-delà. Les dépouilles étaient allongées sur le dos, parfaitement parallèles l'une par rapport à l'autre.

Lorsque Sophie eut retrouvé ses esprits, elle reconnut, à la lueur de sa seule lampe frontale, des objets qu'elle avait confondus avec des offrandes et des vivres pour une prochaine vie. Un examen plus approfondi à l'aide du faisceau de lumière révéla que les deux corps dataient d'une époque plus contemporaine et ne devaient pas gésir là de leur plein gré. À leur tête, pêle-mêle, reposaient boussole, lampes à acétylène, casques de spéléologue, sacs à dos, cordes.

Sophie put enfin déglutir et faire deux pas timides en avant. Elle chercha à retrouver son calme en s'efforçant de maîtriser sa respiration : il était temps de mettre en pratique ses rudiments de yoga. Relâchant peu à peu les muscles, elle fit cesser les tremblements de son corps et ouvrit les mains qu'elle avait sans y prendre garde contractées en deux poings prêts à la défendre.

Un semblant de sérénité retrouvée, elle laissa son regard glisser sur les cadavres. Tout d'abord, elle identifia des combinaisons de spéléologues issues d'un autre âge. Elle n'aurait su déterminer l'époque avec précision et convint que le matériel accusait entre trente et quarante années, comme celui que ses confrères plus âgés conservaient avec fierté. Des dépôts calcaires opalescents souillaient la toile étanche et empêchaient d'en distinguer la couleur. Dégonflé, le tissu moulait l'ossature. Sophie devina ici un fémur, là un sternum ou un bassin saillant. Les jambes, chaussées de bottes imperméables, s'étiraient en direction du vide. Avec la plus grande précaution, elle fit un pas supplémentaire. Seuls les bras brisaient la symétrie des deux corps : l'un semblait vouloir soutenir une tête fatiguée, un autre longeait le flanc ou encore reposait sur la cage thoracique écroulée. Elle se pe ncha sur le premier squelette, orientant sa lampe frontale pour éclairer le crâne. La lumière crue soulignait le moindre renfoncement de l'ossature, faisant ressortir les orbites de manière saisissante.

Le cursus de sa formation l'avait amenée à fréquenter les musées d'anthropologie et de paléontologie dans lesquels elle avait eu le loisir d'observer et, à plusieurs reprises , de manipuler des crânes humains. Pourtant, ceux-là même qui semblaient fixer la voûte à la recherche d'une lueur de clémence évoquaient la mort comme rarement elle l'avait ressenti. Elle approcha encore un peu avec prudence, comme si elle redoutait que l'un des cadavres se redressât et s'agrippât à son cou, pour l'implorer de le ramener à la surface. Soudain, elle aperçut - à proximité du plus menu des deux corps - une housse de plastique à l'aspect vitreux qui, à l'exception du centre où l'on pouvait deviner un court crayon, avait épousé les contours de la roche. Alors qu'elle s'apprêtait à s'en saisir, elle s'immobilisa : « Ai-je le droit de toucher à ces objets, de déranger la scène de leur mort ? », se demanda-t-elle. ..."

 


La Crèche du diable
Editions L'Age d'Homme, 2004, 184 pages

Cette oeuvre de fiction retrace la rencontre de Nicolas, garçon rompu à une existence urbaine tapageuse, et de son cousin Vincent, fils de paysan. Un été haut en couleur les voue à une profonde fraternité. Nicolas, jeune adolescent, découvre l'amour avec la belle Anne. Mais une terrifiante expérience vient modifier à jamais le cours de son existence et de celle de son cousin.

Au grand étonnement de leurs proches, tous deux métamorphoseront leur malheur en un puissant levier, faisant miraculeusement basculer leur sombre destin en une prodigieuse réussite professionnelle. Incessamment poursuivis par le drame, ils seront toutefois condamnés à une éternelle fuite en avant.


Premier extrait, chapitre II :

"... Je rejoignis ma soeur déjà hissée sur le dossier du fauteuil, pour mieux dominer la tourmente. A l'abri derrière notre rempart de verre rageusement giflé par les bourrasques, nous pouvions apercevoir dans la faible lueur toutes sortes d'objets emportés par le vent. Pêle-mêle, des feuilles d'arbre et d'autres de papier dansaient à l'intérieur de tourbillons invisibles. Tout d'un coup elles se déposaient sur le sol, attendaient un tour, puis reprenaient de plus belle leur ballet dans les airs. Mais plus magique encore était le spectacle de mes parents s'enlaçant comme des amoureux. Ils étaient debout l'un contre l'autre, insouciants, comme si l'ouragan leur avait ravi leurs capacités destructrices. De temps à autre, un éclair illuminait leur visage accaparé par les éléments déchaînés. Je ne voyais plus qu'eux, plus qu'un papa et une maman heureux de l'être. ..."

Second extrait, chapitre II :

"... Une fois escaladé la clôture surplombant l'ancienne propriété, nous plongeâmes sur la très ancienne maison de maître située à la lisière d’un bois dense et inondé de ronces enchevêtrées. Il paraissait évident que cette forêt avait exagérément progressé hors de ses limites. Le sous-bois immergeait la maison dans une pénombre pesante. Tant de décennies s'étaient écoulées dans cette campagne depuis la désertion des ultimes propriétaires... que campagne il n'y avait plus. A la place de l'immense forêt d'épicéas, qui avait dû jadis regorger de gibier et de petites surfaces d'eau, il demeurait à peine un demi-hectare d'un bois impénétrable saturé de fourrés. Petit à petit, les arbres avaient cédé la place aux constructions de béton. Les immeubles environnants - dont le plus proche se situait à une centaine de mètres et ne datait que d'une dizaine d'années - contrastaient singulièrement avec ce manoir dépérissant jour après jour ..."

Troisième extrait, chapitre XVI :

"... Souvent, je réinvente mon passé, ma jeunesse. Elle est alors la plus impersonnelle qui soit. Ni heureuse ni malheureuse. Simplement normale. Un père rentrant du travail, brisé par une éprouvante journée, irrité par les tracasseries quotidiennes. Il embrasse négligemment ma mère, me salue de loin, se laisse tomber dans un fauteuil du séjour en attendant que je coure à sa rencontre. Il me prend sur les genoux et me fait cabrioler pendant que je tente maladroitement de lui raconter mes petits bobos et mes joies de la journée. En fin de semaine, nous allons nous promener en famille, visiter des parents lointains, assister à une représentation du cirque itinérant ou simplement restons à la maison à regarder la télévision. Cet homme-là n'est ni particulièrement attentionné, ni cruel. Il est le père. Il incarne le mâle nourricier, soucieux de nos existences. Jamais il n'est injuste ou insensé. Jamais menteur. Jamais insaisissable. Mais toujours présent lorsque je souffre. Il me guide tant bien que mal dans mes apprentissages, me gronde quand je fais des bêtises, parfois me corrige lorsque je l'exaspère. Jamais il ne nuit. Il aime ma maman, la prend sans honte par la taille dans le parc ; et moi, je galope à proximité. Je ne fais rien pour lui plaire ou lui déplaire. Il est le père, je suis le fils. Il m'aime simplement parce que je suis. ..."


L'Art de Mourir

L'Art de Mourir
Autoédition, 2001, 10 pages

Cette courte nouvelle a été récompensée par le Scribe d'argent 2001, lors de la Grenette du Livre de Moudon.

Elle aborde un sujet grave avec une certaine légèreté, stimulant le lecteur dans sa méditation sur le sens de la vie et sur son impérieuse issue...

L'idée de décrire l'existence d'un croque-mort m'est venue en me promenant dans un cimetière. Une famille ensevelissait dans la douleur l'un des siens, alors que des hommes vêtus de noir laissaient lentement descendre la bière au fond du tombeau. A cet instant, j'eus beau me répéter qu'il n'y avait pas de sot métier, je ne parvins pas à trouver de motivations suffisantes pour un tel labeur.


En voici un extrait :

“... Il y avait longtemps que Monsieur Leid ne comptait plus les cadavres qui défilaient sur sa table de travail ; il savait cependant que ce nombre s'évaluait en milliers. Durant de nombreuses années, il fut enthousiaste et s'amusa sincèrement à préparer ses clients - comme il les appelait - pour l'ultime voyage. Il connaissait mieux que tous ses confrères l'art de la reconstruction faciale. Ses coups de pinceaux, d'une précision irréprochable, étaient le principal objet de convoitise de ses collègues. Il excellait tout autant dans le domaine très sensible de la mise en scène, attachant une importance toute particulière à l'habillement du défunt et à la décoration de l'intérieur du cercueil. Jamais il ne se limitait à utiliser un matériel standard pour cette tâche et affirmait à qui voulait l'entendre que ses clients n'étaient pas seulement des macchabées, c'étaient avant tout des êtres avec un passé chargé de souvenirs, de joies et d'illusions. Conscient de l'influence de la personnalité et du caractère que feu son client avait entretenu avec son entourage, l'employé des pompes funèbres entreprenait toujours quelques recherches auprès de la famille ou de ses connaissances avant d'entreprendre le travail ; il arrivait presque toujours à récolter des indices sur l'existence du défunt. Régulièrement, les proches du mort se montraient plus que généreux avec lui pour le remercier de son oeuvre. « Grâce à votre talent, nous emporterons tous un merveilleux souvenir de notre parent disparu ; il était aussi beau, ou même davantage, que de son vivant. Vous l'avez. rendu à la vie » ...



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